Je m’ennuie des manifs

Je l’avoue, je m’ennuie des manifs. Je m’ennuie de l’effervescence et du rythme. Le rythme de nos pas, celui des slogans, celui des divers instruments-de-tintamarre. Je m’ennuie aussi des sourires, de la joie-de-vivre qui se dégageait indubitablement de ces marées humaines. Je m’ennuie de la solidarité, de savoir que peu importe qui marche à mes côtés, je peux compter sur eux si jamais les choses tournent mal. Mais ce dont je m’ennuie le plus, c’est de l’ordre que les manifestations insufflaient dans nos vies.

Contrairement à ce qu’ont tenté de nous faire croire les messagers officiels de notre bon gouvernement, ce n’est pas le chaos qui régnait dans les rues de Montréal pendant ces quatre mois de ‘manif chaque soir, jusqu’à la victoire’. Bien au contraire. Car le chaos, il nous entoure, il est intrinsèquement lié au monde moderne. La société hyper-individualiste dans laquelle nous vivons évacue de plus en plus toute notion de collectivité, ce qui a pour effet de nous enfermer dans notre petite personne et, pour peu qu’un conflit survienne, de nous contraindre à nous retourner les uns contre les autres. C’est alors chacun pour soi. Le chaos. À l’inverse, les manifestations du printemps dernier ont fait rejaillir un sens de communauté à travers tout un pan de la société. Pour ceux qui y ont pris part, ce n’est plus l’individu qui importait, mais bien la cause commune qu’ils partageaient avec leurs compagnons de marche. Comme une renaissance de l’esprit de corps.

En passant le pas de la porte de sa résidence, chaque soir à 20h, armé de casseroles et de lunettes de ski, de bandanas et de sifflets, chacun quittait le chaos, produit de l’individualisme de notre société, pour se joindre à quelque chose de plus grand. Chacun savait que ceux qu’ils retrouvaient au parc Émilie-Gamelin étaient là pour exactement la même raison qu’eux, sans que personne n’ait eu besoin de se le dire. Des règles s’étaient établies sans même un seul mot. Les enjeux étaient clairs. Les conséquences possibles aussi. Il y avait donc ordre, celui-ci n’étant brisé que lors de l’assaut, ironiquement, des soi-disant ‘forces de l’ordre’. Et alors que le chaos tentait de s’immiscer à travers ces affrontements, l’ordre ne tardait jamais à ressurgir au sein des manifestants comme seule force leur permettant de résister aux coups et aux gaz. C’est dans cet esprit de corps, cet ordre naturel, que l’action puisait toute sa force, et une inestimable beauté s’en dégageait soir après soir.

Nous avons bien vu que cela pouvait véritablement faire bouger les choses. Nous avons obtenu des résultats certains, si mitigées soient-ils. Il reste qu’en s’éteignant, ce mouvement a nécessairement emporté avec lui une grande part de la beauté qu’il avait su créer. Je ne peux donc m’empêcher d’être nostalgique quand je repense à ces quelques mois pendant lesquels nous savions tous ce que nous avions à faire, sachant que des dizaines de milliers de personnes tout autour de nous y croyaient eux aussi. Pour peu que l’on sache les reconnaître, ce ne sont pas les causes qui manquent pour justifier que, tous ensemble, nous reprenions possession du pavé et nous replongions dans cet esprit à la fois revendicateur et festif, et que nous recommencions à scander «Un peuple uni, jamais ne sera vaincu!».

Alors, qu’attendons-nous?

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