Petite histoire des Black Blocks

Berlin – 1980. L’Allemagne est divisée, le rideau de fer toujours debout. Depuis quelques années, la répression policière dans Berlin-ouest enclavé ne cesse de s’aggraver. Des occupations massives d’universités et une explosion des squats poussent les autorités dans une spirale de répression toujours croissante. Arrestations de masses et expulsions se multiplient.

Berlin n’est pas seule. Partout en Allemagne, à l’est comme à l’ouest, les groupes autonomistes allemands multiplient les coups d’éclats. Devant ce grave problème d’ordre public, les autorités décident d’écraser les mouvements marginaux. Opposants au nucléaire, étudiants et squatters, tous les  »radicaux » sont dans leur ligne de mire.

De cette Allemagne balafrée, défigurée naîtra un mouvement d’auto-défense populaire, ouvrier, autonome et d’inspiration libertaire.

Apparition des Blacks Blocks

Face aux agressions des forces policières, les marginaux sont sans défense. Suite à de brutales attaques, même contre des manifestants pacifiques (notamment ceux d’un camp anti-nucléaire dans le Wendland), plusieurs militants se radicalisent. Il leur faut une stratégie pour affronter les forces de l’ordre et défendre leurs camarades.

Les Blacks Blocks sont principalement une tactique utilisée lors de manifestations. Inspirés par la théorie de l’action directe, ils refusent que la responsabilité des changements qu’ils réclament soit laissée aux instances gouvernementales. Les participants, tout de noir vêtus et équipés pour l’affrontement (casques, lunettes de protection, bâtons et boucliers improvisés), sont difficilement identifiables par la police. En plus de l’effet psychologique que produit une grande masse noire d’individus cagoulés, l’indifférenciation entre les camarades promeut la solidarité. Les médias tentent souvent de les faire passer pour une organisation alors que leurs sympathisants clament que les Blacks Blocks sont spontanés. La vérité est plus complexe. S’il n’y a pas de structure hiérarchique dans un BB et que leurs actions sont largement improvisées, il est souvent constitué de plusieurs groupuscules d’affiliation libertaire (anarchistes de toutes trempes) qui maintiennent des réseaux informels à l’extérieur des contextes de manifestations.

Coups d’éclats

Décembre 1980 – En réponse à la tentative des autorités de Berlin-ouest de mettre fin aux nombreuses occupations, les premiers  »Black Blocks » apparaissent pour défendre les squats. Des affrontements violents avec les policiers s’ensuivent et culminent dans la journée surnommée le vendredi noir ou près de 20 000 manifestants prennent la rue. Ils récidiveront en 87 lors de la visite du président américain Ronald Reagan et en 88 lors d’une réunion du FMI.

1986 – Un  »Black Block » de quelques milliers de personnes s’organise à Hambourg pour la défense du squat  »Hafenstrasse ».

Années 90 – La tactique se répand comme une traînée de poudre dans les milieux militants. On retrouve des  »Black Blocks » dans la plupart des sommets internationaux, qu’il s’agisse de l’OTAN, du G8, du FMI ou de la Banque Mondiale.

Juillet 2001 – La réunion du G8 à Gênes, en Italie donne lieu à une énorme manifestation et les affrontements avec les forces policières sont brutaux. Un jeune manifestant, Carlo Giuliani, devenu depuis un symbole de la répression étatique, est tué à bout portant par un policier. Bien que plusieurs vidéos prouvent qu’en plus de l’avoir abattu, les policiers ont roulés sur son cadavre à plusieurs reprises, ces derniers seront exonérés de toute culpabilité.

Juin 2007 – Un autre sommet du G8 en Allemagne donne lieu à un gigantesque BB de près de 4 000 personnes.

Juin 2010 – Réunion du G20 à Toronto, des militants BB saccagent une des rues du centre-ville en plus de créer un Zone Autonome Temporaire. La répression policière est brutale.

Jusqu’aux grandes manifestations en support à l’expulsion des squats Villa Amalias et Skaramaga en Grèce, l’honneur du plus grand  »Black Block » jamais répertorié se disputait entre la manifestation contre la brutalité policière du 15 mars 2012 et celle du 1er mai 2012 à Montréal. Elles se chiffraient, selon certaines sources à près de 5 000 participants. Le  »Printemps érable » et la longue grève étudiante ne sont surement pas étrangers à ce succès.

Une tactique en plein essor

De la même manière qu’elle fut importé d’Europe vers l’Amérique, cette tactique s’internationalise. On a même vu l’apparition d’un  »Black Block » égyptien alors que près d’un an après la révolution qui a déposée Moubarak, le peuple est toujours dans la rue.

L’anticapitalisme connaît une poussée phénoménale. Les idéologies libertaires sont de plus en plus populaires et font plus de curieux que depuis près d’un siècle. Avec la multiplication des revendications écologistes et sociales, la remise en question du système économique et de nos élites politiques; avec la fin de non-recevoir que donnent le plus souvent les gouvernements, les corporations et l’oligarchie financière à ces revendications, cette tactique de militantisme combatif ne cessera de se populariser.

On a fait croire au peuple qu’il est libre, il se découvre enchaîné. Ce n’est qu’une question de temps avant que les maîtres se retrouvent au bucher.

Note de la rédaction: À cause de son inexpérience, l’auteur a omis de nous faire parvenir une liste de ses sources. Il a été mis au courant de la situation et nous ajouterons l’information, aussitôt que possible. Merci de votre compréhension.

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