Étranger en son royaume: l’amertume de l’exclusion sociale

Ce sentiment amer d’être dans un groupe d’individus et d’y être exclus. Le mot exclusion n’est jamais employé, mais il se sent dans l’air, se lit sur un visage, se ressent comme une prémonition.

On le sait lorsque nous arrivons dans le milieu d’une conversation et que soudainement, le milieu d’une chose en devient la fin. On l’entend à des phrases, des blagues qui ne nous sont pas offertes, que seuls les autres membres comprennent dans leur entièreté, comme un langage codé. Vous dites une phrase, et c’est comme si la Terre avait inversé sa rotation, que la neige tombait en été, ou que vous aviez mis de la viande dans un repas végétarien.

Vous vous sentez comme si vous étiez un intrus, cet être indésirable qui est là, mais que l’on souhaiterait pourtant voir ailleurs, que l’on tolère parce que l’obligation le veut. On ne vous insulte pas nécessairement, mais on oublie votre nom, vous oublie facilement, pour que vous ne risquiez pas d’oublier que vous ne faites pas partie de  ce monde. Vous êtes un blanc parmi une communauté africaine, alors que votre peau est pourtant noire, un juif parmi des catholiques, alors que vous êtes catholiques depuis votre enfance, un pauvre parmi des riches, alors que votre compte en banque déborde. Il n’y a aucune différence entre vous et les autres membres. Sans aucune raison valable, vous êtes le mouton noir, hé bien parce qu’il doit en avoir un, c’est ainsi que l’on nous représente la société.

Le moule n’a pas une forme exacte. Tous ne peuvent y entrer. Comme le Titanic qui avait plus de passagers que de canots. Les autres membres font des parades, se gonflent le torse pour procéder à la sélection naturelle du leader et des lèche-bottes. Parce que la place de leader, ou celle du lécheur invétéré du postérieur du leader ne vous intéresse pas, vous êtes vu comme un faible, un anarchiste, un mouton noir, un bouton graisseux sur une joue parfaite.  Vous devenez alors étranger parmi les vôtres, porteur d’une étiquette. On vous examine à la loupe, car la sélection naturelle ne suffit pas comme raison de vous exclure. Il en faut une superficielle qui camouflera ce rituel ridicule. Il faut que dans chaque phrase vous puissiez y décrypter cette information subtile pour qu’elle empoisonne votre vie et que vous puissiez croire en sa véracité même si elle est fausse.

Cette information se répète tellement souvent dans votre esprit, qu’elle s’y enracine comme une vérité que vous ne pouvez éviter. Vous défendre est inutile, puisque l’on vous a déjà jugé alors que vous êtes innocents. Vous vous tournez alors vers une autre tribu, qui vous a accepté comme membre, sans faire de parade stupide, parce qu’ils avaient besoin de vous. Les tribus les plus fortes se moquent de vous, car ils savent que vous êtes avec le restant des exclus, des intrus.
 
Pourtant lorsque vous posez votre regard sur chacun des membres, vous ne voyez que des amis. Vous n’arrivez pas à mettre le doigt sur le fruit de leur condamnation. Vous vous demandez, qui sont-ils pour ce faire juge de leur prochain? Alors malgré vous la haine s’empare de votre Être, le consumant, car vous ne comprenez pas pourquoi personne ne les fait tomber. Vous savez dans un bref moment de lucidité que vous n’êtes pas ce qu’ils prétendent, et qu’ils sont encore moins ce dont ils se réclament.

Vous avez envie de les pousser un à un dans le vide, de les faire tomber comme des pions, mais vous ne pouvez pas, vous n’avez pas la méchanceté dans l’âme. Vous parlez de votre exclusion, de votre sentiment d’intrus, mais l’on vous dit que vous n’êtes qu’une enfant. Vous vous retrouvez alors épuisée de ne pas être écoutée et confinée au banc de touche, au rang des plus faibles. Vous décidez alors d’avoir le bon berger, celui qui est désigné pour venir en aide aux dits plus faible, mais il n’a pas de temps pour vous, trop de brebis à charge. Quand le temps se fait clément avec lui, il sévit à peine et le lendemain vous êtes de nouveau l’intrus.

Est-ce que l’adolescence ou même l’enfance dans une école est une question de monarchie, et de sélection naturelle?

Exactement. Dès mon entrée à la maternelle, j’avais déjà appris les rouages d’une monarchie établie qu’il ne fallait pas briser. Il y avait un monarque, ses fiers compagnons-conseillers (les lèches-bottes), ses soldats (ceux qui vous attendent à la sortie de la classe pour vous cassez le nez), ses serviteurs (ceux qui sont utilisés lorsque le monarque en a besoin, mais n’ont jamais droit à la pareille) le fou du roi (son plus fidèle ami, pas toujours d’accord avec ses pratiques, mais qui ne dit rien, qui est là pour amuser le monarque) et vous le souffre-douleur. Celui qui a été choisi parce que… votre tête ne revenait pas au monarque.

Vous êtes une larve à ses yeux,un insecte qu’il veut écraser, parce qu’il est une coquerelle plus robuste que vous. Je me demande maintenant adulte si la tête des souffres-douleurs ne leur revenait pas simplement parce qu’ils étaient de vulgaires chenilles. Une chenille est laide, hideuse, jusqu’à ce beau jour ou la nature finit par suive son cours. Alors, cette chose hideuse déploie ses ailes colorées pour se pavaner comme un papillon magnifique, une nouvelle créature. Elle cesse d’être une chose pour en devenir une nouvelle.

Est-ce parce que la coquerelle sait qu’un jour la chenille deviendra un papillon, qu’elle ne peut s’empêcher de la persécuter? Parce que le souffre-douleur verra un jour son potentiel et mènera une vie riche, avec un caractère fort et ne s’en laissera plus imposé par de vulgaires roitelets?

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Une réponse à “Étranger en son royaume: l’amertume de l’exclusion sociale

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