L’effet Drano, lavage de cerveau.

À l’instant précis où décède le 70 000e syrien victime de la guerre. Le jour où l’Apartheid refait surface en Afrique du Sud. Pendant que Monsanto continue son ascension de brevetage du vivant. Au moment où la guerre antiterroriste fait des ravages et qu’elle tente éperdument de se légitimer. Lorsque les bâillons érigent nos frontières et que les autorités nous les foutent dans la bouche pour nous faire taire. Pendant que Foxconn invente le filet antisuicide pour ses ouvriers. Quand la corruption gère notre pays. Pendant que la lectrice de nouvelles vomit le monde, je me dis que la vie va bien en esti.

Alors, je dénonce le système, cet immense évier qui entraîne dans son malstrom de fond de cuve, les têtes démunies de critique. Un malstrom d’injustices parfaitement dissimulé, correctement dit, pour nous faire croire que tout est beau bien bon dans ce monde. Un effet Drano qui se charge de laver le cerveau de la société pour lui faire avaler ses supercheries, pour lui faire gober son immoralité.

Oui, non. Le monde va mal, mais moi j’ai rien fait, ici ça va, j’appui les gentils, alors tout est beau, tout est bien, tout est bon. J’t’le dis, ils l’ont dit à tivi hier à souère !

De nos jours, rares sont les vraies choses dites. Le système ou plutôt ses membres décisifs sont futés et se font maîtres du prétexte. L’art du prétexte, de la rhétorique. La guerre au Moyen-Orient, pour la libéralisation des femmes; Monsanto, pour charitablement contrer la famine et protéger nos ressources; la brutalité policière, pour simplement éviter la perturbation du bien commun. Que de sages et bienveillantes paroles sur lesquelles s’appuyer pour être confortable avec sa conscience. Pas étonnant que la majorité de la population s’adonne (se conforme) aux fictions dictées par le gouvernement puisque chaque individu y joue un rôle propre et réconfortant. Leur personnage finit par se dicter lui-même cette fiction, il s’en fait une dictée qu’il transcrit d’une main apathique. Mission accomplie, effet Drano réussi : déresponsabiliser le citoyen, le rendre passif, individualiste et ainsi magouiller en paix. Comme Robert Kurz l’a écrit dans sa réinterprétation de l’œuvre marxiste:

« Au cours des dernières décennies, le néolibéralisme s’est profondément enraciné dans la conscience de masse, et cela à la fois comme tendance fondamentale du tout marché, comme individualisation abstraite et comme désolidarisation entre atomes sociaux autistes. »

Atomes sociaux autistes. Le citoyen s’isole sous l’effet narcotique du système. Il devient évidemment difficile pour le citoyen d’exercer son discernement lorsque l’information reçue ne contient aucune diversité d’opinion, qu’elle est envoyée avec une pseudo objectivité et que celui-ci se retrouve disculpé de toutes fautes. Le capitalisme a toujours dû et doit toujours son essor à la persuasion et au modèle de propagande comme celui de Chomsky et d’Edward Herman, qui visait à obtenir l’adhésion de la population à des mesures dont elle ne veut pas et, en utilisant leurs termes, conduire « les masses stupides » vers un monde que « leur incapacité de comprendre » les empêche d‘élaborer. Ainsi, adjacente à l’aliénation sociale, la classe dirigeante prend ainsi un éloquent plaisir à penser pour la population, à construire et à organiser un bien commun qui les garde bien au sommet de la pyramide hiérarchique, en la laissant vivre dans une illusion de liberté. Cette infiltration de la pensée unique s’est machinalement installée dans nos sociétés et il est donc primordial que l’individu soit conscient du pourvoir qu’il possède pour éviter le lavage de cerveau dont il est le cobaye. Une fois sorti de son ignorance forcée par celle-ci, l’individu sera en mesure de s’y opposer et de voir, d’un point de vue critique et libre, la réalité.

Ainsi, pendant que le 70 001e syrien est probablement en train de mourir, que des champs entiers se font shooter de pesticides, que des ouvriers mettent fin à leur vie et que nos ministres parlent en signes de piasse, je me contente d’écrire mes frustrations et j’essaye tant bien que mal de mettre un bouchon sur ce malstrom sociétal. Mettre un bouchon sur ce tuyau aliénant, question qu’on baigne dans notre merde et qu’on soit ainsi dans l’impérativité d’agir, de réagir. La révolte populaire doit donc prendre de l’ampleur et continuer à se frayer un chemin à contre-courant, car effectivement, la seule véritable solution pour mettre fin au système Drano est certainement de générer nous-mêmes le blocage de la tuyauterie.

Ouais, je fais la plombière aujourd’hui, parce que le monde m’apparaît frette comme le métal de mon évier et parce qu’il paraîtrait qu’avec un peu d’hypochlorite, d’hydroxyde et silicate de sodium, on peut tout régler.

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