Le code de la conversation

Quand on apprend à parler, on apprend à ne pas interrompre l’interlocuteur.

Quand on apprend à discuter, on apprend à écouter.

On nous enseigne ces rudiments pour faciliter nos échanges et ce, dans le respect d’autrui, qu’il soit question de la pluie et du beau temps, ou des débats les plus acrimonieux.

1- Écouter.

2- Savoir parler.

3- Ne pas interrompre.
C’est pourtant simple, non ?

Personne ne peut contredire ces règles non écrites, cette élémentaire méthode d’interaction que l’humain a instinctivement forgée pour assurer le bon fonctionnement d’une société. C’est la loi commune.

Or, pourquoi l’instance policière, qui est en charge d’appliquer la loi et, par conséquent, de pacifier les débats sociétaux, se permet-elle non seulement de les interrompre, mais aussi de tie-rapper le langue de ceux qui ont la volonté de parler ?

Le fait d’accéder à un poste « d’autorité » dispense-t-il automatiquement un individu du code de la conversation ?

Le vendredi 5 avril, comme à plusieurs reprises, nous nous sommes encore une fois fait couper la parole avant même d’avoir prononcé notre premier mot. Rien de plus révoltant que de se faire clouer le bec au sol et de se faire vider le portefeuille, pour la simple et unique raison d’avoir voulu (j’ai bien dit « d’avoir voulu » puisqu’on ne nous donne même plus la possibilité d’actualiser notre vouloir) parler avec le seul moyen que nous avons de nous faire entendre. Car tant et aussi longtemps que nous n’aurons pas de micro pour discuter d’égal à égal avec le système, nous tenterons, en unissant nos voix, de perturber son discours et ce, en espérant que nous finirons par lui apprendre à converser.

Ainsi, au son des matraques et d’un beuglement étourdissant, nous nous sommes rassemblés au centre d’un enclos répressif. Mais jamais nous ne nous sommes tus. Une étrange complicité s’est rapidement construite. Une microsociété parfaitement équilibrée, mais cloisonnée, s’est bâtie en l’espace de trois heures : une belle écoute, d’inspirantes paroles, un partage d’eau et de nourriture, jeux rassembleurs… Certains conversaient avec l’adversaire pendant que d’autres assuraient le moral de la troupe. Une organisation d’inconnus aussitôt devenus acolytes.

C’est à croire que la répression est nécessaire pour que les humains se regroupent et se solidarisent. Comme si le malheur était nécessaire pour que l’humain construise le bonheur.

Assurément, ce constat dialectique nous confirme que toute réalité est paradoxalement composée d’une chose et de son contraire. Que la thèse conjuguée à son antithèse crée la synthèse de la vie réelle. Cette formule s’appliquant entre autres à la situation décrite précédemment, il va de soi que l’hégémonie souhaite la soumission, et que l‘acceptation béate de la servitude alimente l’hégémonie. Mais heureusement, la domination exacerbée finit toujours par créer la révolte des insoumis. Ainsi, les tentatives de supprimer notre droit de parole ont provoqué notre cri. Et ce cri renversera cette hégémonie.

Ceci dit, le droit d’expression et le code de la conversation doit être respecté peu importe le propos, la thèse, la situation ou la lutte sociale. Depuis toujours, c’est seulement en prenant la rue que le peuple se fait entendre et qu’il parvient à se faire écouter.

La répression actuelle dans les rues de Montréal est aberrante, une absurdité absolue.

Pourquoi devrions-nous nous taire sous le faux prétexte que l’État veuille protéger la population. La protéger de quoi … ? Des bombes et souricières étatiques ?

Bref, la conversation est un art, le raisonnement l’est aussi. Visiblement, les autorités montréalaises sont loin d’être des artistes, quoiqu’elles se démarquent particulièrement dans l’art de jouer avec les mots … Décidément, l’École des gouvernants a omis de leur apprendre à écouter, à parler honnêtement et à ne pas interrompre.

Mais bon, je tenterai de terminer sur une note un peu plus optimiste en disant que si le monde peut sembler laid, la dialectique rend la vie plutôt belle et que si l’humain a été capable de rendre le monde aussi laid, il est nécessairement capable de le rendre aussi beau que la vie peut l’être.

Il nous suffit de converser dans les règles du peuple.

Signé: une « Interpellée »

 

Crédit photo xddorox

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