Art et société aliénée

L’art ne peut se dissocier du monde qui l’entoure et le monde ne peut se dissocier de l’art qui s’y inscrit. L’œuvre d’art modifie constamment le contexte dans lequel il s’expose et la réalité du monde influencera toujours la création. Ainsi, l’art est politique qu’il le veuille ou non. Il s’agit simplement d’un moyen pour exprimer, transmettre et  imager les bouleversements sociaux actuels.

Bien que ceux-ci se vivent différemment pour chacun, nous sommes tous conscients qu’un désir de renouveau se propage, qu’un écart grandit entre les deux pôles politiques et qu’une affirmation des mouvements sociaux s’enclenche. L’art ne peut faire autrement que de suivre tous ces changements, il peut les dénoncer ou leurs adhérer, il peut s’y conformer ou les remettre en question. Mais l’art se positionne malgré lui. 

L’art est multiple et se manifeste de bien des façons. Il peut être traditionnel ou contemporain, mais peu importe sa nature, il faut savoir le remercier, car c’est en multipliant les moyens d’expression que notre société prendra en charge ses droits et son discours.

Ainsi, les préjugés à l’égard du milieu artistique et principalement vers celui de l’art contemporain ne témoignent à mon avis que d’une peur de dépasser des limites, d’un réflexe cérébral de toujours vouloir concrétiser et donc d’une inclination vers l’empirisme. Tous ces facteurs, qui sont simplement les fruits d’un système abrutissant, occasionnent malheureusement un triste conformisme artistique qui empêche aux œuvres les plus intéressantes et enrichissantes de voir le jour.

Je parle ici d’un système global, ou plus précisément d’un système de pensées forcément influencé par des systèmes social et politique asservissants. De ce fait, considérant l’aliénation sociale dont nous sommes victimes, il est compréhensible que l’art contemporain soit si difficilement accessible, puisque comme l’exprime Nathalie Heinich dans son étude de cas sur le rejet auquel l’art actuel est confronté: « l’art contemporain vise  à déconstruire systématiquement les cadres mentaux délimitant traditionnellement les frontières de l’art . » [1] 

Le parallèle existant entre les façons d’aborder l’art et le monde est, selon moi, très pertinent à approfondir, voir nécessaire. Le système nous sertit dans une idée préétablie du monde qui lui est bénéfique, et il fera tout pour nous démoraliser, nous faire oublier ou nous empêcher de réfléchir sur d’autres avenues systémiques possibles. Faisant de nous de petites machines empiriques, le système nourrit notre ignorance et construit nos préjugés. Il ne faut donc pas s’arrêter à ce qu’on nous dicte et se conformer aux préceptes de l’art, mais plutôt tenter de dépasser les limites souscrites.

Voilà pourquoi les paroles de Nathalie Heinich m’ont particulièrement marquée. Son discours s’applique non seulement au domaine de l’art, mais aussi à la multitude de facettes qui composent notre société.

Ainsi, l’extrait : « […] déconstruire systématiquement les cadres mentaux délimitant traditionnellement les frontières […] » est lourd de sens et abrite de fortes idées de changement. C’est effectivement sur le point bien précis des « cadres mentaux » qu’ils faut intervenir, non pas en usant du lavage de cerveaux comme le fait le système dogmatique, mais plutôt en encourageant l’esprit critique et le sens du discernement.

Ceci étant dit, l’idée préconçue que l’on se fait de l’art s’appuie sur des opinions subjectives de l’esthétisme, alors que l’art contemporain ne se veut pas beau, mais plutôt significatif. Au même titre, que le monde ne doit pas se contenter d’être beau en apparence, mais doit fonctionner selon une perspective de justice et de liberté question d’atteindre une réelle beauté.

Ainsi, il ne suffit pas d’évaluer la valeur esthétique d’une œuvre, mais plutôt de chercher sa nature. Il est donc important de prendre le temps de réfléchir au contenu d’une œuvre plutôt que d’y attribuer des préjugés sans fondement. Tout comme il vaut la peine de réviser et réfléchir le monde plutôt que de le prendre uniquement comme il nous est présenté.

 Dans cette perspective, l’art contemporain est plus utile à l’éveil de l’esprit que pour meubler nos salons et, parallèlement, le monde existe pour qu’on puisse le réfléchir et non pas pour qu’on l’observe bêtement.

 

[1] Heinich, Nathalie. « L’art contemporain exposé au rejet. Études de cas ». Hachette. p.197

 

Crédit photo See-ming Lee

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