Les cancres du Nord de la frontière

Grande première en mai dernier, grâce aux activités voraces d’un certain animal bipède, la planète franchissait le seuil historique du taux de 400 particules par million de CO2 dans l’atmosphère. Ceci confortant les prévisions inquiétantes d’un réchauffement climatique de trois à cinq degrés Celsius dans les prochaines décennies, au grand dam de ceux ayant prophétisé l’évitable…

C’est dire que nous sommes encore loin des miracles d’ingéniosité que requérait le rapport Brundtland (1987) pour allier croissance économique et respect de l’environnement avec les besoins essentiels, soit le populaire concept de développement durable. Une belle idée, mais déjà un poil à l’encontre d’une théorie (que plusieurs économistes influents qualifient de saugrenue), répandue chez une vaste majorité des spécialistes de l’environnement, qui se résume à ceci : un désir de croissance infinie est incompatible à un monde fini. Une simple démystification d’un capitalisme se voulant vert.

En conjuguant cette affirmation aux annonces émises par les nombreux organismes internationaux, on pourrait croire qu’une période de remise en question s’impose. C’est sous-estimer l’insatiable Homo Economicus.

Les réticents

Depuis une semaine, malgré les appels de l’Agence internationale de l’énergie invitant les États à mettre en place des mesures significatives en matière d’énergie, ainsi que le président Obama s’attelant au cas des centrales électriques au charbon, nos deux solitudes s’entêtent à persévérer à contre-courant. Faisant fi de toute critique et avertissement, ils gardent le cap de la subordination de l’environnement à l’industrie pétrolière.

Le premier « rebel without a cause » est le gouvernement péquiste. Alors que la ministre Ouellet réitérait la promesse de son parti de réduire de 30% la consommation de pétrole du Québec d’ici 2030, elle assurait son maintien indéfectible à l’exploitation du précieux or noir ainsi que son ouverture à un éventuel acheminement du pétrole albertain vers Montréal via l’inversion du pipeline Enbridge. Et comme tous le savent, et surtout ses partisans, encourager les sables bitumineux est un raccourci vers la diminution projetée des gaz à effet de serre de 20% d’ici 2020.

La ministre expliquait également que la consultation promise sur l’énergie se tiendrait cet automne, promettant une réflexion qui inspirerait la direction que suivrait « potentiellement » son gouvernement vis-à-vis son orientation énergétique. Un débat qui ne doit certainement pas faire sourciller les Pétrolia de ce monde, considérant l’appui qui leur est accordé, ainsi que la tendance actuelle desdits péquistes à promettre des discussions ouvertes et officielles alors que les dés sont d’ors et déjà pipés. Voir Sommet sur l’éducation et négociations syndicales avec les secteurs de la construction.

Dégringolade

Par contre, on doit révérence aux champions incontestés du je-m’en-foutisme-écologiste : le gouvernement Harper et son doberman des Ressources naturelles, Joe Oliver. Depuis leur arrivée au pouvoir, les conservateurs ont marqué un tournant fulgurant dans la politique canadienne. Alors que le Canada récoltait les louanges pour ses qualités de diplomate, il s’était également doté d’une réputation de premier de classe pour son engagement (du moins pour la signature systématique de traités) et ses positions pour contrer les changements climatiques. Et dernièrement, non seulement la nation Harper est réfractaire à tout discours heurtant ses visées économiques goudronnées, mais le virage adopté par la présidence américaine l’affuble ipso facto du bonnet d’âne.

Non content d’être le cancre attitré, Joe Oliver y va de surcroit de menaces à mots couverts envers une possible dégradation des relations à la frontière advenant un rejet du projet d’oléoduc Keystone XL par les États-Unis. Rien pour aller guerroyer, mais ça pue le lobbysme avec cette pression constante sur l’administration Obama.

Un petit rappel

Alors que les démocrates américains tentent de redorer l’image d’un pays régulièrement la cible des critiques, ce qui leur a valu les félicitations cette semaine de l’Union Européenne et une volée de bois vert par l’Éléphant républicain, le ministre Oliver se distinguait le mois dernier par une détérioration de son dialogue avec l’UE. Vexé par des propos qualifiant les sables bitumineux de très polluant, alors que plus tôt au mois de mai les conservateurs réhabilitaient ceux-ci en « ressources renouvelables », il menaçait d’amener l’UE devant l’Organisation mondiale du commerce en réponse à ces propos discriminatoires.

Rien pour rassurer les militants écologistes qui se font museler par des gouvernements autoritaires et corrompus, sacrer la volée par les forces de l’ordre et ignorer plus souvent qu’autrement. Que ce soit les manifestants au Nouveau-Brunswick luttant contre la fracturation hydraulique, Idle no more tâchant de faire entendre leurs revendications ou les gaspésiens face à Lord Proulx, la situation ne prête pas à l’espoir.

Mais bon, au moins, pour la parure, on peut se consoler en se disant que nous ne sommes pas dirigés par des cons capables de quitter le protocole de Kyoto…Oh! merde…

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