Loi spéciale: quel avenir pour les syndicats

À l’heure où vous lirez ces lignes, la loi spéciale forçant le retour au travail des travailleurs de la construction aura vraisemblablement déjà été adoptée, le gouvernement Marois ayant convoqué l’Assemblée nationale dimanche matin pour un vote sur la question.

Réclamée depuis avant même le début du conflit par les représentants de la droite économique, cette loi spéciale est un exemple de plus de la fronde antisyndicale qui semble s’être emparée du Québec récemment.

Face à ces attaques constantes et répétées contre le droit de grève des travailleurs, une question incontournable reviens sans cesse sur toutes les lèvres : quel avenir pour les luttes syndicales?

Les lois spéciales, un cadeau au patronat

Malgré sa façade conciliatrice, le PQ, en annonçant avant le départ pour le Mexique de madame Marois un délai d’une semaine avant l’adoption d’une loi spéciale avait de facto torpillé les négociations.

Sous le prétexte de donner une ultime chance aux pourparlers, une solution négociée étant mieux qu’une solution imposée dixit notre Première ministre, on voulait forcer les syndicats à accepter une entente à rabais.

En effet, quelle incitative pour la partie patronale à négocier de bonne foi alors qu’ils étaient déjà assurés d’un retour sur les chantiers pour mardi au plus tard?

Considérant qu’il s’agissait une grève tout à fait légale, selon des conventions balisées et garanties par les normes du travail, on ne peut s’empêcher d’avoir la désagréable impression qu’au Québec, le droit de grève, c’est comme le droit de manifester.

Un droit qui nous est garanti… Tant qu’on n’a pas la prétention de l’utiliser.

Les fameux abus syndicaux

Un des principaux arguments des détracteurs des syndicats, c’est la fameuse cupidité des syndicats. Ce mensonge voulant que les syndicats soient des créatures avides qui n’ont comme seule raison d’exister que de sucer le sang des gentils créateurs de richesses patronaux.

Pardon? La plupart des revendications syndicales de la dernière décennie n’avaient pas pour motif d’exiger une amélioration des conditions de travail des salariés, mais surtout d’éviter un recul de celles-ci.

Prétextant de difficultés économiques, d’un manque de productivité ou d’une faible compétitivité on exige des travailleurs qu’ils se serrent de plus en plus la ceinture.

À la limite, en cas de grave crise ce genre de mesures peuvent parfois s’avérer nécessaires. Mais pas à sens unique. Ce n’est pas aux travailleurs de payer pour une mauvaise gestion de l’entreprise.

Avant d’exiger des concessions des travailleurs, les patrons doivent mettre de l’ordre de leur côté. Couper dans leurs salaires souvent faramineux, optimiser leurs méthodes administratives. D’ici là, je ne pleurerai pas sur leur sort.

Les syndicats sont dépassés

Un autre argument qui revient souvent, à savoir que les syndicats sont une relique du passé et n’ont pas leur place dans une société moderne, est complètement fallacieux.

Michel Chartrand disait qu’il n’y a rien de plus fragile que les droits des travailleurs. Il avait bien raison. Ceux qui croient que les améliorations des conditions de travail sont dues à la générosité des patrons auraient besoin de cours d’Histoire.

Fin du 19e siècle, à Chicago, on a pendu des militants qui réclamaient la journée de huit heures. Dans les années 30, dans plusieurs mouvements de grèves du secteur minier américain, on tenta de forcer le retour au travail des grévistes à la pointe du fusil. Ici même, il y a à peine 40 ans, on jetait les leadeurs syndicaux en prison.

Sans être exhaustive, cette liste nous permet de réaliser que les luttes ouvrières ne sont pas des reliquats d’une autre époque. Les droits qu’elles nous ont gagnés sont venus aux prix forts.

Et le spectre d’un recul n’est jamais loin. À vouloir augmenter la compétitivité internationale de nos entreprises à tout prix on évacue complètement la dimension humaine du travail et on ouvre la porte à un dérapage inquiétant.

À vouloir faire compétition à des pays où les normes du travail sont beaucoup plus laxistes, ne risquons-nous pas beaucoup? Le jeu en vaut-il vraiment la chandelle?

Les syndicats bénéfiques pour l’économie

Eh oui, j’ose affirmer que les syndicats sont bénéfiques pour l’économie. D’abord, surtout dans le domaine de la construction, ils augmentent les revenus de l’État en diminuant la quantité d’ouvrage qui se fait au noir. De plus, ils sont le seul rempart contre la tendance patronale à accaparer entièrement les profits des gains de productivité chez leurs travailleurs.

Pas besoin d’être bardé de diplômes pour comprendre que d’augmenter le revenu disponible de mille travailleurs de mille dollars est plus rentable économiquement que de permettre à un patron de se mettre un bonus d’un million dans les poches. Augmenter le pouvoir d’achat des travailleurs, qui stagne depuis bientôt 30 ans, encourage la consommation et permet de faire rouler l’économie.

Elle est là la principale raison de la nécessité des syndicats. On ne peut pas faire confiance à la partie patronale pour avoir à cœur l’intérêt des travailleurs et de la population en général davantage que celle de son propre portefeuille.

Le moindre mal

Soyons honnêtes. Si je suis clairement pro-syndicats, je suis prêt à reconnaître qu’ils ne sont pas blancs comme neige non plus.

Il est vrai que par le passé, certains syndicats on pu se montrer intransigeants lors de négociations, parfois même au détriment de leurs syndiqués. Mais cela relève plutôt de l’exception que de la règle.

On peut aussi reprocher à l’exécutif de certaines grandes centrales de gérer un syndicat comme une entreprise privée plutôt que comme une union de travailleur. Il y a eu des dérapages certes, mais les bénéfices éclipsent très certainement les coûts.

Les syndicats sont vitaux dans les rapports entre salariés et patrons. Pour égaliser les moyens de pression d’abord. Pour s’assurer que les patrons n’abusent pas de l’énorme pouvoir qu’ils détiennent sur leurs employés. Pour freiner la tendance néolibérale à la concentration de la richesse, le plus criant danger qui guette notre économie.

Si certains persistent à vouloir voir les syndicats comme un mal, grand bien leur en fasse, mais il s’agit clairement d’un mal nécessaire et d’un moindre mal si on l’oppose à l’hégémonie patronale.

Selon Thomas Jefferson, « le prix de la liberté est l’éternelle vigilance ». Je crains qu’elle ne soit aussi le prix du travail dans la dignité.

(Crédit photo marxist.ca/marxiste.qc.ca)

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