Réforme des cours d’histoire: beau coup ou outil de propagande?

C’est décidé. Les étudiants de niveau collégial auront maintenant à suivre un cours d’Histoire obligatoire, le tout dans le cadre d’un remaniement global de l’enseignement de l’Histoire du primaire aux études supérieures. Le cours, qui portera sur l’Histoire moderne du Québec, devrait faire partie du cursus scolaire dès l’automne 2014. Vous pouvez lire le communiqué ministériel ici.

J’en profiterais pour saluer (enfin!) un beau coup du gouvernement Marois, chose que j’ai eu trop rarement (voir jamais) l’occasion de faire depuis le 4 septembre dernier.

Il était grand temps qu’un gouvernement se penche sur les lacunes au niveau de l’enseignement de l’Histoire, fléau largement répandu en Amérique du Nord, surtout quand on sait qu’une solide compréhension historique est primordiale dans le développement d’un esprit critique.

À mon sens, pouvoir situer la racine des événements, ainsi que les développements qui ont mené à une situation actuelle permet non seulement d’en saisir l’évolution, mais aussi d’en faire une lecture éclairée.

Ceci dit, certains éléments dans l’annonce du ministre Duchesne ainsi que certaines des déclarations qui ont suivi ont soulevées chez moi un certain malaise. Je vous ferais donc part de quelques pièges dans lesquels cette réforme devra éviter de tomber.

Histoire vs histoire nationale

La première question qui me vient à l’esprit, est pourquoi cette décision de renforcer l’enseignement de l’histoire nationale en particulier?

Les lacunes dans l’enseignement de l’Histoire ne se sont pas que des manques au niveau de notre histoire québécoise. Pour avoir fait mes études hors du système québécois, je peux vous garantir sans prétention qu’elles sont aussi présentes dans l’enseignement de l’Histoire en général.

Notre histoire nationale étant relativement courte, elle s’inscrit elle-même dans une continuité historique européenne, occidentale et mondiale sans laquelle elle se trouve dénuée de sens. Pourquoi alors ne renforcerions nous pas l’enseignement de l’Histoire en général? Ces deux facettes ne s’excluent pas mutuellement, mais bien au contraire se renforcent et se complètent.

S’il est tout à fait souhaitable pour la jeunesse de connaître ses origines historiques, les grandes figures et les grands courants qui ont conduits notre société à être ce qu’elle est aujourd’hui, il est difficile, compte tenu des circonstances, de ne pas craindre une récupération idéologique de ce projet somme toute louable.

Le virage identitaire du Parti québécois

Déjà, le titre de l’annonce gouvernementale : « Renforcement de l’identité : cours d’histoire nationale » en est un bon indicateur. L’objectif avoué n’est donc pas que de renforcer la connaissance de l’Histoire par nos étudiants en vue d’en faire des citoyens informés, mais sert bien un but idéologique soit celui de renforcer leur « identité ».

Dans le contexte d’un gouvernement souverainiste péquiste, ayant déjà annoncé son intention de prendre un virage identitaire avec la proposition d’une « Charte des valeurs québécoises », il n’est pas difficile d’imaginer quelle forme prendra cette « identité ».

Une québécitude blanche, francophone d’héritage culturel catholique (mais qui n’est pas religieux voyons-donc!), défendue par les Mathieu Bock-Côté de ce monde, inclusive tant qu’on s’y fond, pas raciste mais… Non j’exagère.

Comme je le disais plus tôt, je suis tout à fait d’accord pour qu’on enseigne ses racines à notre jeunesse. Je crains tout simplement que l’on occulte plusieurs éléments absolument essentiels de notre histoire dans un exercice de relation publique (voir ici propagande) pour tenter de mousser le nationalisme canadien-français et convertir les nouveaux arrivants à la cause souverainiste.

Enseignera, enseignera pas?

Aura-t-on le courage de parler de la question autochtone? Aura-t-on le courage de parler du traitement qui leur fut réservé dans les réserves, dans les pensionnats, la discrimination et l’aliénation dont-ils furent victimes sans hypocritement rejeter la faute exclusivement sur le gouvernement fédéral?

Aura-t-on le courage de parler des abus de l’Église au Québec? De la complicité du clergé avec les élites pour maintenir le peuple sous leur tutelle? Des abus des prêtres dans les écoles? Ou tentera-t-on de camoufler ces faits avérés pour parfaire l’image d’un héritage culturel catholique acceptable pour tous?

Aura-t-on le courage de parler de la longue domination des élites économiques anglophones sur le peuple canadien-français sans chercher à cacher la collaboration d’une élite francophone bien de chez nous? Aura-t-on le courage de reconnaître le rôle de la lutte pour l’émancipation de la classe ouvrière dans l’émergence du mouvement souverainiste?

Aura-t-on le courage de parler du FLQ, de sa vraie raison d’être, mais également de ses actions, sans tenter de cacher le tout à posteriori en ne soulignant que les événements d’octobre 70?

Aurons-nous le courage de regarder notre histoire en face, sans fard, sans honte?

Car ne l’oublions jamais, l’Histoire, c’est quelque chose qui se construit. On choisit ce qu’il est bon d’en garder et ce dont on souhaite se départir, particulièrement lorsque l’on se penche sur son enseignement.

Notre histoire est bien jeune, il est de notre devoir de s’assurer que son écriture ne tombe pas entre les mauvaises mains pour ne devenir qu’un vulgaire objet de propagande.

Crédit photo stuart001uk

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