Que diriez-vous de gagner plus d’argent?

Très peu de gens ignorent encore que les inégalités ne cessent de s’accroître dans nos sociétés. Même au Canada, considéré dans plusieurs classements mondiaux comme l’un des pays les plus égalitaires au monde, le fossé entre le revenu des très riches et celui du reste de la population n’arrête plus de se creuser.

Aucun problème de cette ampleur n’est simple et les causes qui y sous-tendent sont nombreuses. Savoir qui dit vrai dans ce monde qui a érigé l’économie en dogme et l’efficience en culte n’est jamais facile.

Ceux qui ont l’habitude de me lire savent que la justice sociale est l’un de mes dadas. Mais par-delà les réactions viscérales que ces inégalités provoquent chez moi, par delà les questionnements moraux qu’elles devraient soulever chez chacun d’entre nous, il existe des raisons pratiques qui démontrent sans équivoque, pourquoi vous devriez gagner plus d’argent.

Du vol pur et simple

Depuis les années 80, les salaires ont cessé de suivre l’augmentation de la productivité des travailleurs. Dans la plupart des cas, ils n’ont pas suivi non plus l’augmentation du coût de la vie. Ce qui veut dire, grosso-modo, que vous travaillez plus aujourd’hui pour gagner autant si ce n’est pas moins qu’un travailleur il y a trente ans.

Cette augmentation de la productivité c’est par-contre traduite par une hausse record des profits pour les entreprises. Donc, alors que le travailleur ordinaire travaille plus et/ou plus efficacement qu’il y a 30 ans, il ne bénéficie nullement des gains supplémentaires réalisés par son employeur.

Considérant qu’un travailleur, ne possédant pas ou peu de capital à faire fructifier, n’a que sa force de travail à échanger contre subsistance, à quoi lui servent une efficacité et une spécialisation accrue si celles-ci ne lui permettent pas de faire face à l’augmentation constante du coût de la vie?

Il s’agit ici de violence économique pure et simple. De vol, oserais-je même affirmer. Mais ce qui est plus grave, c’est que cet état de fait affecte négativement de nombreux autres aspects de notre vie en société.

Ça nuit aux services publics

Si les travailleurs se voient de plus en plus incapable de subvenir à leurs besoins par leur seul revenu de travail, il est inévitable qu’ils se reposent de plus en plus sur l’État pour parer le coup.

Dans un contexte d’austérité, ou du moins de contractions budgétaires sérieuses, où le spectre de la dette hante tous les esprits et les principaux touchés par les coupures sont presque toujours les plus démunis, il est impératif d’augmenter les recettes fiscales de l’État.

Il y a bien sûr la manière directe et qui consisterait à aller chercher l’argent là où il se trouve. On entend par là dans les poches des banques et des grosses entreprises.Celles-ci bénéficiant de taux d’imposition ridiculement bas et d’une panoplie d’allègements fiscaux.

Mais il faut se rendre à l’évidence, aucun gouvernement n’a en ce moment les  »couilles » de s’attaquer à ce problème de front.

Il existe cependant une alternative. Une mesure beaucoup plus populaire serait de pousser vers un rattrapage des salaires par rapport à la productivité.

Pas d’un coup sec évidemment, pas complètement non plus, mais une croissance soutenue sur plusieurs années. L’état se garantirait ainsi des revenus supplémentaires, sans avoir à accroître ni le taux d’imposition des entreprises, ni celui des contribuables.

Avec le bénéfice non négligeable que le lobby des affaires aurait beaucoup de difficultés à s’opposer cette mesure. Mesure qui ne pourrait qu’être très populaire auprès d’une force de travail qui en à ras-le-bol d’être toujours celle à se serrer la ceinture.

Ça nuit à la consommation

Côté consommateurs (implicitement travailleurs par la même occasion), il est dur de ne pas voir quels bénéfices ils en retireraient.

Tout d’abord, ce genre de mesures permettraient de rattraper le sérieux retard qu’accumulent les salaires par rapport au coût de la vie. Qui ne fait pas le saut régulièrement en scrutant sa facture d’épicerie, son compte d’électricité (hum hum) ou n’importe laquelle de ses dépenses de subsistance?

Un rattrapage des salaires par rapport à la productivité permettrait également d’accroître l’épargne des travailleurs et faciliterait l’accès à la propriété. Deux objectifs qui ne peuvent que pâtir d’une difficulté grandissante à boucler ses fins de mois.

Alors que nous nous questionnons à savoir comment le gouvernement pourra continuer à garantir les retraites d’une population vieillissante, lui permettre de se constituer plus facilement un bas de laine est l’une des pistes que nous nous devons d’explorer.

De plus, des travailleurs qui gagnent plus dépensent plus, permettant de relancer une consommation moribonde.

Ça nuit à l’entrepreneuriat

N’oublions pas non plus que l’innovation et l’entrepreneuriat sont des piliers du développement économique.

Qui n’a jamais rêvé de partir sa propre entreprise? Qui oserait affirmer aujourd’hui, alors que nous sommes confrontés aux limites de plus en plus réelles de notre mode de vie, que l’innovation ne jouera pas un rôle crucial dans le maintien et l’amélioration de nos conditions d’existence?

Il faut donc favoriser l’initiative. Et pas seulement par le crédit, qui soit dit en passant reste peu ou pas accessible à de larges pans de la population et ne bénéficie qu’à une poignée de banquiers voraces.

Un salaire adéquat, représentatif de la valeur qu’ils produisent, permettrait aux travailleurs qui le souhaitent de se lancer en affaire sans craindre de croupir pendant des années sous le poids de leur dette et des intérêts.

À leurs propres risques, soit, mais au bénéfice de tous et toutes. Pas de quelques profiteurs qui collectent des rentes sur la sueur de l’honnête travailleur.

Par le biais d’emplois créés. Par le biais de rentrées fiscales supplémentaires pour l’État. Par le biais de toutes ses avenues possibles de développement qui nous sont dérobées chaque jour par la cupidité de quelques individus.

Rien ne se perd, rien ne se créé, tout se transforme

Il n’y a évidemment pas que des gagnants dans l’équation que je propose. Il existe un coût initial dur à encaissé pour les entreprises.

Mais l’on ne me fera pas pleurer sur leur sort. La stagnation des salaires et les coupures d’emplois que nous vivons depuis quelques décennies découlent beaucoup plus de raisons idéologiques que pratiques.

En faisant alliance avec la haute finance et en délaissant une économie qui carbure à la consommation pour une économie qui carbure aux investissements, le secteur corporatif a non seulement privé les travailleurs de leur juste part de la richesse qu’ils créent, mais a mis en danger la viabilité à court terme de tout un système économique.

Les seuls vrais perdants dans cette histoire seraient leurs alliés, grands financiers de ce monde qui ont multiplié les profits en prenant gouvernements et consommateurs dans une spirale d’endettement.

Et bien, si ces messieurs s’opposeraient sans doute farouchement à de telles mesures, qu’ils se consolent. Peut-être qu’ainsi, nous serions finalement en mesure de rembourser cette dette qu’ils insistent leur être due, et qui nous étouffe.

Crédit photo Howard Lake

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