Joyeux Noël et fuck la charte, un peu

Si le titre ne vous a pas mis au parfum, une précision : et oui, je suis contre le projet de charte. Alors, hurlez, criez, crachez, signez-vous, rongez-vous le frein, j’m’en sacre. Voilà. Je suis pour une interprétation de la laïcité comme Québec inclusif l’entend. La version Full Metal Janette, pas trop, non merci.

Que j’aie tort ou raison, je le dis d’emblée pour m’éviter un procès d’intention, ou bedon une accusation de maquiller une charge contre la charte sous le couvert d’une réflexion tout autre.

Ceci dit, alea jacta est, c’est parti mon Kiki.

Tous en conviendront, malgré plusieurs textes et interventions fort réfléchis, le projet de loi péquiste a fait couler beaucoup de vitriol. Il en a salopé des conversations et des repas de famille.

Ce n’est pas pour rien que chez plusieurs, on évite le sujet comme la peste. Combien de soirées commencent par un tout-sauf-la-charte bien intentionné, épuisé, pour finir tout de même avec des engueulades, des regards assassins et des rancœurs.

Et encore, c’est de la petite bière en comparaison des réseaux sociaux. Sur le web, ça a pris des allures de champs de batailles, de terrains minés. Une publication, même modérée et timide, pis s’ensuit une diarrhée verbale, des échanges interminables. Pour n’aboutir qu’à des positions fermement campées et irréconciliables.

Crisse, même le point Godwin a un regain de popularité. Mais un débat à saveur identitaire, avec tout ce que ça attise comme passions et sentiments d’appartenance : rien d’étonnant à ce que ça parte en couille.

Pourtant, qu’on me comprenne bien, je ne remets pas en question l’utilité ou la nécessité de tenir un tel débat. Toute société qui se respecte doit se tâter pis s’inspecter le vivre-ensemble à l’occasion.

Par contre, je me donne le droit à quelques critiques. Les fuites et le dévoilement malhabile du projet, à ne pas répéter. Ou les symptômes, comme l’encadrement brouillon du débat et les dérapages occasionnés. M’enfin…

Non, après quatre mois d’hostilités (pis c’pas prêt de finir, maudite marde), ce qui me chatouille le plus, c’est la surreprésentation médiatique du projet. Une quasi omniprésence qui écœure. Je répète, sans nier l’importance du débat, une certaine réserve aurait été, est et serait la bienvenue.

Oh! Pas que certains scandales et épouvantails n’aient pas réussi à tirer leur épingle du jeu. Rob Ford a eu sa part du gâteau. La face de Coderre et les élections municipales aussi. Harper et ses sénateurs recueillent quelques soupirs de temps à autre.

Mais en bon marathonien, le projet de Drainville, ce cadeau « pour la suite du monde », a su rester en tête de peloton. Le favori des médias.

Conséquemment, bon nombre d’enjeux se sont vu négliger de facto par les grosses tribunes québécoises. Pas complètement tassés, mais réduits à des entrefilets, un rapide cinq minutes. Une couverture médiatique saine laisse un éventail de sujets plus large diversifier et occuper les tribunes.

Pensons-y.

Exemple, ce traité de libre-échange entre le Canada et l’Europe, dont les conséquences risquent d’être bien plus considérables qu’une gang de voiles. Des billets çà et là pendant une semaine, et puis, allez hop, on retourne s’étriper autour de la charte. Qu’importe que des investissements étrangers puissent venir s’immiscer dans nos secteurs publics.

Ou l’inversement de l’oléoduc Enbridge, sujet qui revient ponctuellement, mais en portion ridicule. Et les consultations publiques relatives audit pipeline, bâclées copieusement. Des articles dans le Devoir et encore, soyons heureux que le collectif GAPPA soit là.

Mais vite, on tourne les talons et on reprend sur l’hostie de charte.

Ah, mais tiens, encore, les hausses d’Hydro, malgré des profits «grazéviskeux », vivement contestées et décriées. Et aussi, une réforme de la Loi sur les mines, chiée en quelques jours.

Et pis…et pis la liste s’étire.

Tous des sujets d’actualité qui, dans une mémoire collective déjà passablement insuffisante et déficiente, se retrouvent enfouis sous les tonnes d’articles sur la charte.

Pourquoi cela? C’est peut-être que l’empoignade qu’on tourne au sensationnalisme, vend des feuilles de choux et de l’espace publicitaire. Pis que du dialogue de sourd bien virulent, ça occupe et obnubile son lectorat.

Être plus paranoïaque, je prendrais mes tablettes de pierre, ma barbe pis mes haillons, je grimperais la montagne et je proclamerais qu’on veut sciemment détourner notre attention des plus grosses magouilles. Je gueulerais que l’élite politique, ses commanditaires et les fripouilles en cravate et jupon sont bien contents de nous voir nous tirer les cheveux. Qu’ils en profitent, les hosties.

Mais bon, à chacun son chapeau d’aluminium. Pour les uns, les hordes d’islamistes, pour les autres, Gammick Internationale.

En 2012, la grève étudiante, certes plus évènementielle, nous a offert le même phénomène. Une couverture médiatique obsessive qui a tourné au sensationnalisme de bas étage. La question de la violence (étudiante), les vitrines pétées, les négociations houleuses, la CLASSE (les pas fins), etc.

La grève non plus ne méritait pas de monopoliser tout l’appareil médiatique, au détriment d’autres enjeux tout aussi important. En se mettant des œillères et en ne se préoccupant que d’un seul sujet, le danger nous guette d’en négliger une trâlée.

C’est pourquoi, en 2014, je nous souhaite du changement climatique, du gaz de schiste, du Enbridge, du Loto-Québec, du Hydro-Québec, du logement social, de la gentrification, des crisses de condos, des grèves, des coupes dans le secteur public, des syndicats assiégés, des lois spéciales, des policiers antiémeutes, des capitalistes gourmands, des mesures d’austérité, d’l’itinérance, des pauvres plus pauvres, des riches plus riches, des inégalités salariales entre les sexes, des gouvernements complices, des élus croches, des Premières Nations enragées pis des hosties de vitrines pétées…

Mais surtout, un Joyeux Noël pis fuck la charte, un peu.

Crédit photo celesteh

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Une réponse à “Joyeux Noël et fuck la charte, un peu

  1. … m’enfin… apràs avoir lu.. . il a tout d’même un peu de « jarnigoine » de bon sens…jugeotte !? à vous de juger…,.
    Ne m’envoyez surtout pas une brique et un fanal…. ça fait mal… !

    mon commentaire de ma publication FB ! 😉

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