Dieudonné et le marketing à la Starbucks

Ç’que ça en aura fait pisser de l’encre, la saga de Dieudonné et ses quenelles. Trop. Même que le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, semble maintenant en croisade contre les affreux de tout acabit, quitte à politiser l’appareil juridique (déjà bien soumis). La haine et, par le fait même, la liberté d’expression, vont se faire ligaturer les trompes.

Une ingérence qui en choque beaucoup. Car les moyens de punir les tenants de propos racistes ou haineux étaient déjà à la disposition des tribunaux. Mais bon, rappelons-le, en Europe, c’est la mode en ce moment, la restriction des droits et libertés. Sécurité nationale avant tout.

Donc, Dieudonné se voit annulé son spectacle Le Mur. Et tu crois qu’il s’inquiète, le comique de la Shoah ? M’étonnerait. Parce que si ses liens avec le FN, avec l’extrême-droite chrétienne d’Alain Soral, son appui officiel à Kadafi, ses visites chez l’ami Ahmadinejad, son obsession sur la juiverie internationale (Israël) ou avoir invité sur scène le négationniste Faurisson, ne l’ont pas fait taire, rien ne le fera.

Il se marre le gars. Content de vendre ses billets, malgré la tourmente. Et c’est sans compter ses fans qui sont nombreux à s’indigner de c’t’étiquette d’extrême-droite, d’antisémitisme, qu’on lui colle à la peau. Ils parlent plutôt de simples provocations ponctuelles. Un genre de publicités sauvages pour humoriste honni qui répugnent les bien-pensants, c’tes salauds de zélés du bon goût. Pourtant, les preuves sont légions, et prises ensemble, cohérentes à une idéologie raciste.

D’où cette quenelle fort populaire aux interprétations ambigües. Ce geste qui se veut un j’encule-le-système-qui-en-fait-serait-un-salut-nazi-inversé-ah-mais-non-j’te-dis-que-c’est-qu’un-gros-merde-le-système-parce-que-tu-sais-le-système…c’t’enfoiré

Voilà où je voulais en venir. Car si ces scandales, lui sont bénéfiques en bout de ligne, je ne gobe pas une miette de cette prétention à la mord-moi-le-nœud de lutter contre le « système ».

Je m’explique. Dieudonné, même enfoncé dans une controverse nauséabonde, n’en demeure pas moins un champion du marketing. Parce qu’il faut comprendre, il est persona non grata depuis dix ans sur les gros plateaux de télé française. Les campagnes promos avec sourires, flatteries et mièvreries d’animateurs : kaput! Alors, parlez-en en mal ou en bien, mais parlez-en.

Rien de neuf, tu m’diras. La merde, ça vend.

Là où ça chlingue, c’est bien cette gimmick de « système », ce terme fourre-tout, que Dieudonné prétend combattre. Quelle est sa nature d’ailleurs, à c’te « système » ? Est-ce le capitalisme, le néolibéralisme, le phénomène de mondialisation, le monde de la finance, la spéculation boursière?

Nope. C’est plutôt ce que son copain Soral et lui nomment l’Empire, ou l’axe américano-sioniste. Quoi qu’Israël semble véritablement le nid de vipères, d’où la connotation ethnique et religieuse associée à ce fameux et tout puissant « système ».

Mais pour nombre de fidèles de Dieudonné, des jeunes fâchés contre une situation économique morose avec raison, ce discours, avec cette définition sciemment floue à première vue, peut être attrayant, accrocheur.

Slavoj Žižek, le philosophe tchèque, parle de la méthode de vente Starbucks. Une belle escroquerie. Une multinationale qui, en offrant quelques cafés équitables, propose à sa clientèle une impression d’alternative, de bonne conscience, d’échappatoire. La Bête qui récupère le bio, l’écolo, et qui exploite « charitablement ».

Dans les faits, Starbucks ne cherche en rien à détruire les rapports de force dudit « système » dans lequel il œuvre et s’engraisse. Mieux, cette corporation touche des consommateurs plus ou moins conscients des injustices et saloperies de ce bas monde. Elle inclut dans le prix les dons aux œuvres caritatives, aux p’tits pauvres du Sud, aux cancéreux d’là-bas, etc.

Culpabilité, colère et conditions de vie merdiques, ça en vend du café. Mais aussi des tickets de spectacle tout-en-un : du rire doublé d’un sentiment de dénoncer l’« Empire ». Et Dieudonné, s’il parle d’iniquités, toujours en invoquant le contexte de l’humour, trouve des coupables tout indiqués : sionistes, américains, juifs.

La France et la Marseillaise, menacées par l’influence pernicieuse de l’étranger. Le nationalisme et l’extrême-droite ne s’embête guère du capitalisme…

Par contre, pour être pleinement efficace, Dieudonné utilise également la technique de marketing Bush Jr. Je m’explique.

Au début des années 2000, alors que les États-Unis sont sur le pied de guerre, que la peur du barbu se répand, qu’on introduit des lois liberticides, le président tient un discours pour le moins curieux. Non seulement il en appelle au patriotisme exacerbé de ses « fellow citizens », mais il en redéfinit son expression la plus noble. Dès 2003, sera un réel patriote américain celui qui consommera, nourrira l’économie. Oubliez le drapeau et la Constitution, le véritable patriote, lui, va chez Wall Marde.

Un principe que Dieudonné adapte, paradoxalement, pour les besoins de son entreprise. Tandis que Manuel Valls, l’État français, les USA et les éternels sionistes tentent de le censurer, l’humoriste invite ses partisans à acheter le DVD de son spectacle. Oh, jamais pour se faire du fric. Ben voyons, pas vénal pour deux cennes, le gars. C’est juste que la « résistance », ça commence par une commande web.

Le problème, c’est que ce bordel médiatisé et cet acharnement de Manuel Valls, ont donné à Dieudonné une visibilité sans précédente depuis sa mise à l’index. Et ses adeptes n’ont pas à craindre l’indifférence de la télé, l’Internet est une tribune fort prolifique pour les indésirables du grand public. La popularité de sa chaine YouTube en est la preuve.

Et si Manuel Valls se prend des quenelles depuis, il est à parier que le portefeuille de centaines des fans crédules de Dieudonné risque de s’en prendre une, de quenelle.

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2 réponses à “Dieudonné et le marketing à la Starbucks

  1. Quant à moi, votre billet tient plus de la médisance que de l’argumentation ; c’est un procès d’intention qui va exactement dans le sens que les médias veulent donner à la campagne de saliçage des dernières semaines. Il est dommage que vous tombiez dans le panneau si facilement. Que Dieudo fassee du fric, tant mieux! N’est-il pas le meilleur humoriste de sa génération. Qu’il sollicite des dons? Ma foi, la pression qu’il subit justifie amplement le fait. Après tout, il ose là où la plupart s’écrasent en bons moutruches qu’ils sont. Chausseriez-vous les souliers de ce bonhomme, ne serait qu’un jour? Moi, non. Beaucoup trop couillon pour ça. On peu ne pas être d’accord avec tous ses faits et gestes, mais il faut reconnaître que Dieudo est un catalyseur extraordinaire, un espèce de fer de lance, un éveilleur et un mobilisateur hors pair, mais surtout un révélateur de la veulerie, de l’hypocrisie qui nous entoure. Juste ça, ça valait le détour. Aux grands hommes la patrie reconnaissante!

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